Un fléau bien pire que l’absentéisme : le présentéisme

Près de 11% des employés iraient sur leur lieu de travail sans se sentir bien ce qui réduit leur productivité à néant et coûte cher à l’entreprise.
Vous hésitez à appeler le bureau en plaidant la gastro (alors que le terme médical qui décrit vos maux est »grosse flemme » ou « lendemain de cuite ») ? Vous avez tort ! Vous rendriez service à votre boite.
Crise oblige, nous sommes de plus en plus hésitants à nous faire porter pâles (que nos raisons soient légitimes ou non).
Du coup, nous pêchons par « présentéisme » (= présence au boulot, alors que votre productivité est dégradée et que vous devriez être chez vous à vous soigner/récupérer).

Selon une étude du cabinet Midori Consulting, le taux de « présentéisme » dans les entreprises est compris entre 6 et 11%…
Jusqu’à deux fois plus que le taux d’absentéisme (4,53%).
Le problème ?
Alors que le coût de l’absentéisme est pris partiellement en charge par l’Etat (versement d’indemnités journalières), le coût du présentéisme est entièrement supporté par l’entreprise (qui, productif ou pas, vous verse 100% de votre salaire lorsque vous êtes présent).
Midori l’estime entre 14 et 25Mds€/an… là où les jours de bureau manqués par les salariés ne coûtent « que » 7Mds aux entreprises (et 9 à l’Etat). Commencez à penser à votre excuse pour demain matin.

L’absentéisme moyen en France est de 16,6 jours d’absence par an et par salarié.

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En entreprise, on ne fait plus l’appel comme à l’école. Les absences et les horaires laxistes sont néanmoins remarqués et négativement connotés. Quand ils ne sont pas pointés. A l’inverse, la présence est d’autant louée qu’elle dépasse les normes exigées.

Etre à son poste à 20 heures est un signe d’abnégation, de forte implication dans son travail. Peu importe que la productivité de l’individu concerné n’ait pas été au top durant la journée. Qu’il soit un habitué des pots de service ou de la machine à café.

En France, en tout cas. Ailleurs, en Amérique du Nord, par exemple, la situation est tout autre. Un jeune ingénieur, fraîchement arrivé dans une entreprise du Nouveau Monde après quelques années laborieuses dans l’Hexagone, s’est ainsi fait tancer pour ne pas avoir posé gomme, crayon et clavier peu après ce qui serait ici considéré comme l’heure du goûter.  » Etes-vous malade ? Avez-vous des difficultés ? » fut demandé à l’employé qui se pensait consciencieux.

Et pour cause. Le présentéisme, loin d’être souhaitable, ferait des ravages, a-t-on calculé outre-Atlantique. Qu’il soit le fait de personnes qui viennent travailler alors qu’elles feraient mieux de rester chez elle pour se soigner. Ou de salariés zélés qui demeurent au bureau plus que ce qui serait strictement nécessaire, parce que, pensent-ils, leur carrière l’exige.

PRODUCTIVITÉ DÉGRADÉE

Or un salarié trop présent ne rapporte en moyenne rien à l’entreprise, selon des études menées par Ron Goetzel, chercheur à l’université Cornell (Etats-Unis). Au contraire, il lui coûte. Car il dégrade la productivité d’une équipe. Le salarié abusivement présent finit par pécher par manque de concentration, piètre communication, travail à refaire.  » Les coûts liés au présentéisme représentent de 18 % à 60 % des coûts qu’un employeur doit supporter en raison des problèmes de santé de ses salariés », décrit M. Goetzel.

Alors, faut-il se réjouir que le taux d’absentéisme soit au plus bas depuis cinq ans, selon le quatrième baromètre publié en septembre par Alma Consulting, spécialiste des études de coût ?  » L’absentéisme est un indicateur du climat social et un sujet déterminant dans l’évaluation de la bonne santé d’une organisation », commente Vincent Taupin, président de cette société de conseil.

Pas forcément, montrent les études précédentes. Particulièrement en période de crise, quand il est tentant de forcer sa nature. Par crainte de perdre son emploi. Quitte à mettre sa santé et sa société en danger.

Ma vie en boîte Annie Kahn  –    kahn@lemonde.fr

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